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La gratuité a-t-elle un avenir ?
Tout a un coût, même la gratuité. Mais Internet serait une zone d’exception où tout doit être gratuit. Cette idée a la vie dure. Envoyer un courriel, consulter les nouvelles, converser, échanger, regarder, écouter, tout doit être gratuit. On voudrait que la Toile soit un gigantesque parc d’attractions, où le droit d’entrée est réglé au fournisseur d’accès une fois pour toutes — aubaine pour ces derniers, dans la mesure où l’attrait irrésistible pour leur service est lié au travail et aux efforts des autres. Le phénomène est démultiplié du fait que la gratuité d’accès est liée à l’exigence de la gratuité du partage. Donner ce qu’on m’a donné.
Les enseignes sont entrées dans le jeu. Les journaux et les magasines sont essentiellement gratuits. Le débat est actuellement intense sur le terrain législatif, mais, en pratique, la musique et le cinéma le sont aussi, peu ou prou. Ceci n’est en soi pas totalement mauvais, la facilité d’accès et la possibilité d’échange est un formidable vecteur pour la culture, par exemple.
Peu importe qu’il faille s’en réjouir ou le déplorer. Le fait est que ça ne peut pas durer. Les sociétés bien établies ont eu les moyens de cette gratuité ; l’effondrement du marché publicitaire ne la leur permet plus. En outre, la gratuité n’attirera pas longtemps l’internaute : généralisée, elle n’est plus attrayante. Celui qui a accès gratuitement à ce pour quoi il avait l’habitude de payer, peut se montrer, un temps, un consommateur enthousiaste voire boulimique, mais bientôt il prend de la distance.
La gratuité ne peut durer qu’au sein d’une stratégie d’ensemble. Elle ne peut être un dogme, car la valeur des choses ne disparaît pas avec la dématérialisation. De la même manière que le prix élevé de tout produit satisfaisant la simili-conscience écologique du consommateur n’est pas un obstacle au commerce, l’accès payant au Wall Street Journal en ligne ne l’a pas empêché de prospérer.
La question primordiale n’est donc pas celle du financement de la gratuité, ni même de faire savoir qu’un produit existe gratuitement. Au cœur de tout projet de diffusion sur la Toile est la valeur potentielle du produit — ou des données — pour ceux qui y accèdent. Y compris en termes d’image. Puis de déterminer comment leur permettre d’y accéder.
Nous redécouvrons ainsi que la caractéristique fondamentale d’Internet n’est pas la gratuité, mais le partage.