Par frère Dominique, le Vendredi 26 février 2010 à 9 h 31

Newsletter : comment éviter d’être sur liste noire ?

Le triste problème rencontré par l’Évangile au Quotidien n’est malheureusement pas leur exclusivité : toute structure expédiant une lettre d’information par courriel peut être mise sur liste noire, du jour au lendemain. Avant de crier à la cathophobie (ce qui, dans l’absolu,  n’est pas impossible et, dans le cas présent, sera peut-être utile pour le rétablissement du service), il est bon de connaître les contraintes techniques.

La première question est celle de la définition du spam. Le label n’est pas réservé aux courriels vantant les mérites du Viagra. Je reçois depuis hier une bonne dizaine de mails non sollicités expédiés par Notre-Dame de la Garde pour présenter la construction de leur nouveau monastère. Manifestement, les frères ont acheté une liste d’adresses pour cette campagne. Très mauvais choix à mon sens, ne serait-ce que pour l’image. Bref : l’exemple montre que les conditions d’expédition du message comptent plus que le contenu du message (aucune publicité n’étant a priori illégale).

Le premier critère de discernement d’un pourriel est lié à sa correspondance aux règles techniques. On pense en premier lieu aux règles établies par les filtres anti-spam. Pour chaque mail, un pourcentage de correspondance à ces règles est calculé ; en dessous d’un seuil critique, le courriel est déclaré « spam ». Ainsi, la structure du message, c’est-à-dire la manière dont il est codé et expédié, est plus importante que son contenu — qui est aussi analysé. Ce système n’est pas infaillible, nous avons vu en début d’année qu’il peut y avoir des erreurs. Pour être complet, il faudrait évoquer d’autres aspects techniques (la réputation de l’IP d’expédition, la gestion des retours et des adresses erronées, etc.).

Le second critère, primordial, est l’attitude des usagers. Tous les services en ligne proposent un bouton « déclarer comme spam » clairement accessible. Lorsque la newsletter arrive (par exemple chez Yahoo!), le système ne distribue qu’une partie des courriels et observe la réaction des correspondants. S’ils sont nombreux à déclarer le courriel comme spam, tout le reste des mails à distribuer est mis à la poubelle. Au contraire, si le mail est accepté, une nouvelle portion de la campagne est distribuée, et ainsi de suite.

En clair, la réaction de nos abonnés est déterminante. Or un abonné est toujours paresseux et n’est jamais prêt au moindre effort. Pour interrompre l’abonnement — qu’on veuille y mettre fin pour de justes raisons, qu’on ait changé d’avis après s’être inscrit trop vite à un service gratuit, qu’on ne s’attende pas à recevoir le message parce qu’on a oublié s’être inscrit, etc. — chercher le lien de désabonnement automatique en pied de mail est souvent un effort insurmontable quand le bouton « déclarer comme spam » est à portée de clic et produit apparemment le même effet : l’interruption des livraisons. Quand cette attitude se répète, le site expéditeur est mis sur liste noire.

Les abonnés disposent d’un autre moyen d’intervention, plus lourd : déposer une plainte à la CNIL ou même à la gendarmerie.

Reste la pire des menaces, celle à laquelle personne n’échappe : les spammeurs eux-mêmes. Ils connaissent en effet mieux que tout le monde les règles et les contraintes, et s’ingénient à les contourner. Pour mener à bien leurs campagnes, ils utilisent des multitudes de serveurs — donc d’adresses différentes — qui envoient chacun quelques milliers de mails seulement ; et ils en changent souvent. Résultat : la lutte contre le spam impose de se méfier des petites structures envoyant les mails par petites tranches. Nous sommes désormais dans le collimateur au même titre que les professionnels du spam.

L’envergure de cette guerre nous dépasse ; impossible, à notre échelle, de lutter. Une fois blacklisté, plus aucun mail ne passe, même les simples mails du quotidien, c’est la fin des communications. N’ayant aucun contact avec les organismes qui gèrent les listes noires ou leurs intermédiaires, il n’y a pas de solution à notre portée. Il ne semble pas y avoir d’autre recours qu’un prestataire spécialisé dans l’expédition des newsletters. Or qui d’entre nous dispose d’un budget mensuel de plusieurs centaines voire de plusieurs milliers d’euros ? Merci les spammeurs !

Un autre billet présentera quelques uns des services de newsletter (n’hésitez pas à me donner des idées ou à proposer des retours d’expérience). Pour approfondir le sujet, je recommande le blog SnipeMail ; je remercie particulièrement Charles Boone, son webmaster, qui a bien voulu prendre le temps de répondre à mes questions !


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